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Ligne Olympique Réservée : quelle pertinence à long terme au regard des enjeux climatiques, fonciers et démographiques de la vallée ?

Contribution à la concertation publique sur le projet de Ligne Olympique Réservée (LOR)

Je souhaite exprimer plusieurs interrogations concernant le projet de Ligne Olympique Réservée entre Briançon et Le Monêtier-les-Bains.

Tout d'abord, la nature exacte du projet demeure difficile à appréhender pour le public. Le terme de « Ligne Olympique Réservée » laisse supposer une amélioration importante des transports collectifs, mais les documents présentés ne permettent pas de comprendre clairement comment l'infrastructure fonctionnera concrètement : localisation précise des voies réservées, longueur des sections concernées, fonctionnement selon les saisons, gestion des flux montants et descendants, emprises foncières nécessaires ou encore impacts sur les espaces naturels et agricoles.

La vallée de la Guisane présente une particularité forte : les flux de circulation varient considérablement selon les heures de la journée, les jours de la semaine et les saisons. Les besoins du matin, du soir, de l'hiver, de l'été ou des périodes de changement de location sont très différents. Dans ce contexte, la pertinence d'une voie réservée fixe interroge. Comment sera gérée la circulation lorsque les besoins de déplacement changent de sens au cours de la journée ? Le projet prévoit-il une voie dédiée permanente, une voie réversible ou des aménagements ponctuels ? Ces éléments apparaissent déterminants pour évaluer l'efficacité réelle de l'infrastructure.

Par ailleurs, il semble nécessaire d'évaluer le projet à l'échelle de l'ensemble du territoire et non uniquement du tronçon concerné. Les principaux ralentissements observés aujourd'hui ne se situent pas uniquement entre Le Monêtier et Briançon, mais également dans la traversée même de Briançon, qui constitue un point de congestion structurel. L'amélioration d'une partie de l'itinéraire peut-elle produire des gains significatifs si les principaux goulets d'étranglement demeurent inchangés à l'arrivée ? Cette question mérite d'être documentée par des études de trafic accessibles au public.

Une autre interrogation porte sur les aménagements indirectement nécessaires au fonctionnement du projet. Une amélioration de l'offre de transport collectif suppose généralement la création ou l'extension de parkings relais, de pôles d'échanges, de zones de retournement, d'espaces de stationnement pour les bus et d'équipements d'exploitation. Ces infrastructures complémentaires sont-elles intégrées au projet ? Si oui, où seront-elles implantées et quelles seront leurs conséquences foncières, paysagères et environnementales ?

La question de l'artificialisation des sols apparaît également essentielle. Dans une vallée alpine où les espaces agricoles et naturels sont limités, chaque nouvelle emprise doit être justifiée avec une grande rigueur. Les terres agricoles participent à l'activité économique locale, à la préservation des paysages, à la biodiversité et à une certaine autonomie alimentaire du territoire. Leur réduction conduit mécaniquement à accroître la dépendance à des approvisionnements plus lointains et donc à davantage de transport de marchandises.

Cette réflexion doit également être replacée dans le contexte du changement climatique et des engagements nationaux et internationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Si le transfert d'une partie des déplacements de la voiture vers le transport collectif constitue un objectif légitime, il convient également de s'interroger sur le modèle de développement que l'infrastructure encourage. Faciliter des flux touristiques toujours plus importants est-il compatible avec les objectifs de sobriété énergétique, de préservation des espaces naturels et de réduction globale des émissions ? Le projet permet-il réellement de réduire les émissions sur le long terme ou accompagne-t-il simplement une augmentation continue des déplacements ?

À l'horizon 2050-2070, les projections démographiques annoncent par ailleurs un vieillissement de la population et une possible stagnation voire diminution du nombre d'habitants permanents. Dans ce contexte, il paraît indispensable d'évaluer la pertinence de l'investissement au regard des besoins futurs du territoire. L'infrastructure répondra-t-elle principalement aux besoins des habitants permanents ou essentiellement à des pics saisonniers liés au tourisme ? Quel sera son coût d'exploitation, d'entretien et de renouvellement sur plusieurs décennies ?

Enfin, il semble légitime de comparer ce projet à d'autres investissements potentiellement structurants pour l'avenir du territoire. La rénovation énergétique du parc immobilier, particulièrement importante dans une région de montagne où de nombreux logements restent énergivores, pourrait produire des bénéfices durables en matière de réduction des émissions, de baisse des dépenses énergétiques des ménages et de maintien de l'attractivité résidentielle. Une comparaison transparente entre les différents scénarios d'investissement public permettrait d'éclairer le débat.

En conclusion, je ne remets pas en cause la nécessité d'améliorer les mobilités dans la vallée. En revanche, je considère que le projet gagnerait à présenter de manière beaucoup plus explicite :

* les aménagements exacts prévus ;
* les emprises foncières nécessaires ;
* les infrastructures annexes induites ;
* les coûts de construction et d'exploitation ;
* les gains réels attendus sur les temps de trajet ;
* les impacts environnementaux et agricoles ;
* la cohérence du projet avec les objectifs climatiques à long terme ;
* sa pertinence dans un contexte de transition écologique, de sobriété foncière et d'évolution démographique.

Ces éléments sont indispensables pour permettre aux habitants d'évaluer sereinement le bien-fondé du projet et son intérêt réel pour les générations futures.