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Des promesses intenables

Il est tentant de croire aux promesses du Fort des Trois Têtes : profiter des JOP pour rénover ce site et en faire un nouveau quartier vivant pour Briançon. Mais il ne suffit pas de la répéter pour que cette ambition devienne une réalité. Une dynamique vertueuse ne se décrète pas d’en haut, elle surgit dans un territoire si les conditions sont réunies et si les forces vives de ce territoire la construisent ensemble et lui trouvent un sens, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui à Briançon.

Devant l’appât des financements olympiques, vouloir à tout prix (au sens propre et au figuré) faire rentrer dans le même projet des objectifs aussi dissemblables que réaliser un village olympique dans des délais très courts, valoriser un patrimoine architectural particulièrement austère et exigeant, et résoudre la crise du logement des habitants permanents relève d’un manque de lucidité qui ne peut conduire qu’à tout rater. D’ailleurs les premières esquisses du projet confirment déjà qu’il ne sera au mieux que fait à moitié : il ne logera pas tous les athlètes, il n’offrira que peu de logements (peu confortables, peu écologiques et peu sociaux), ne sera pas très accessible, ne sera pas fini dans les temps et risque de rester durablement inachevé.

L’argument de profiter de cette surface déjà anthropisée pour réaliser les logements sociaux qui manquent à Briançon n’est pas sincère : si c’était une vraie priorité il ne fallait pas laisser tous les autres terrains disponibles au promoteurs pour des résidences de standing et touristique, y compris à la Schappe.

Mon avis sur ce projet est donc très réservé, particulièrement à cause de toutes les ambiguïtés de son montage financier. Les programmes de logements confiés aux promoteurs n’ont aucune garantie d’être réalisés comme prévu, ni de conserver leurs (modestes) objectifs sociaux (il y a d’ailleurs un précédent à Briançon avec le promoteur ICADE qui n’a pas réalisé l’auberge de jeunesse « nouvelle génération, destinée aux millenials » promise dans la caserne Berwick). Le double avantage fiscal inscrit dans la loi de finances 2026 va encourager la spéculation et masque en fait une prise en charge par l’État non dite.

Même en étant optimiste, le pari sur la viabilité du nouveau quartier peine à convaincre : la dynamique démographique à Briançon n’est pas positive, en dehors des résidences secondaires. Celle du commerce reste à démontrer. Les services publics qui devraient animer le site ne sont pas identifiés ni leur périmètre de chalandise, s’ils se réalisent ce sera au détriment d’autres quartiers. L’idée du théâtre est parachutée, vouloir excentrer un théâtre qui réussit bien montre un intérêt à la culture purement utilitaire. Même l’attractivité touristique n’est pas évidente, Briançon n’est ni Carcassonne ni Mont-Dauphin et dispose déjà de la cité Vauban que le Fort des Têtes n’égalera pas.

Pourquoi ne pas laisser de côté cette très mauvaise idée et travailler avec l’ensemble des forces vives du briançonnais à un projet d’avenir à plus long terme et plus crédible pour le Fort des Têtes ?