Contribution à la concertation préalable — Projet d'aménagement du site de compétition de Montgenèvre — Alpes 2030 Pour des jeux réussis à Montgenèvre : combler les lacunes de l’analyse de risques
1. Préambule
S'il semble aujourd'hui difficile de revenir sur le principe de l'accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver 2030 à Montgenèvre, il faut au minimum que ces jeux soient une réussite pour Montgenèvre et, en cela, il faut saluer l'effort de transparence engagé par la Solideo Alpes 2030 (saisine volontaire de la CNDP, désignation de garants indépendants). Cette contribution ne vise pas à s'opposer au projet, mais à demander, en tant que résidant une partie de l'année à Montgenèvre et ayant une expérience des projets transfrontaliers et multi-acteurs, que le niveau de rigueur dans l'évaluation des risques soit à la hauteur de l'ampleur de l'événement et de la fragilité du territoire.
Le contexte difficile (changement climatique, endettement de l'État, situation fragile des finances de la commune et de la RARM), les mises en garde documentées sur l'improvisation de certaines décisions liées à ces Jeux et la crise temporaire de gouvernance du COJOP Alpes 2030 renforcent la nécessité d'une évaluation des risques complète et publique, aujourd'hui absente du dossier de concertation.
2. Constat : une évaluation des risques manquante
Le dossier de concertation présente de façon détaillée les aménagements techniques et les enjeux paysagers et environnementaux, mais ne comporte aucune analyse de risques structurée couvrant :
les risques environnementaux, alors que l'inventaire écologique « quatre saisons » n'aboutira que « courant 2026 », soit après le lancement de la présente concertation ;
les risques logistiques liés à la situation frontalière du site ;
les risques touristiques liés aux fermetures partielles d'activités (hiver et été) ;
les risques financiers au-delà du strict périmètre des 26,78 M€ HT annoncés.
Il est demandé que ces quatre volets fassent l'objet d'une analyse de risques formelle, publiée et intégrée à la réponse du maître d'ouvrage au bilan de concertation.
3. Risques environnementaux
L'inventaire écologique (biodiversité, zones humides, espèces protégées dont le papillon Apollon) n'est pas finalisé au moment où le public est invité à se prononcer.
Demande 1 : publication d'un calendrier précis de restitution de cet inventaire, et engagement à rouvrir une phase d'information dédiée si les résultats modifient significativement le projet.
La ressource en eau pour la neige de culture est présentée comme restant « dans les volumes déjà autorisés ». Compte tenu des épisodes récents de sécheresse et de canicule dans le Briançonnais, demande 2 : une analyse de sensibilité climatique (scénarios RCP) démontrant que ces volumes historiquement autorisés resteront disponibles et suffisants à l'horizon 2030 et au-delà.
4. Risques logistiques et transfrontaliers : gouvernance
Le dossier ne mentionne à aucun moment la coordination avec les autorités italiennes, alors que le site de compétition se situe littéralement sur le col frontalier, à proximité immédiate de Clavière et de Cesana Torinese. La coordination sécuritaire et les investissements routiers ne relèvent probablement pas directement de la maîtrise d'ouvrage de la Solideo Alpes 2030. Les questions sont néanmoins posées sous l'angle de la gouvernance, puisque le dossier précise que la Solideo « assure la coordination d'une communauté d'environ vingt maîtres d'ouvrage » et joue un rôle « d'aménageur, superviseur et financeur » :
Question 1 : quel est le maître d'ouvrage identifié pour la coordination transfrontalière (sécurité, gestion des flux, autorisations de circulation) avec les autorités italiennes ? La Solideo Alpes 2030 peut-elle confirmer les modalités de coordination prévues avec le COJOP et, le cas échéant, avec l'État sur ce point ?
Question 2 : les investissements en infrastructures routières et de stationnement nécessaires pour absorber les flux additionnels sur un axe de montagne à capacité contrainte sont-ils identifiés dans un autre programme, et par quel maître d'ouvrage ?
Question 3 : le surcoût de sécurité lié aux Jeux et à la fréquentation transfrontalière a-t-il été chiffré, et par quel acteur (COJOP, État) ce poste sera-t-il financé ? Il est absent du chiffrage de 26,78 M€, qui ne couvre que le périmètre Solideo.
Clause de renvoi : si ces points relèvent d'un autre acteur que la Solideo Alpes 2030, il est demandé que la réponse au bilan de concertation l'indique explicitement et précise l'acteur compétent, afin que la commune et les habitants sachent à qui adresser ces questions.
5. Risques touristiques
Le dossier indique lui-même que la concertation doit « permettre d'éclairer les enjeux liés aux usages du site, à la pratique des activités sportives et touristiques » et couvrir « les conditions de vie et d'accès au site pendant les travaux et la phase Jeux ». Ces demandes relèvent donc directement du périmètre annoncé, et non d'un sujet périphérique :
Demande 3 : une évaluation de l'impact sur les activités estivales (randonnée, golf, autres activités du domaine), alors que les travaux s'étalent sur plusieurs années (défrichement à l'automne 2027, travaux en 2028, compléments en 2029). Le dossier ne traite l'impact touristique que pour la seule saison hivernale 2029-2030, ce qui est insuffisant au regard de son propre périmètre déclaré.
Demande 4 : un retour d'expérience chiffré sur des stations ayant accueilli des Jeux comparables (par exemple Sestrières pour Turin 2006, à proximité immédiate), avec une quantification de la baisse de fréquentation observée pendant et après l'événement, ainsi que les mesures de compensation envisagées pour Montgenèvre.
Demande : un plan de communication anticipé à destination des clientèles habituelles (françaises et italiennes) pour limiter un report durable vers d'autres stations pendant les phases de fermeture partielle.
6. Risques financiers
Le dossier reconnaît lui-même la fragilité du modèle économique de Montgenèvre : plus de 90 % de l'activité communale dépend du ski, exploité en régie directe (RARM), ce qui « expose à des risques financiers ». Il qualifie également la soutenabilité économique de la Régie d'« enjeu majeur pris en compte dans la conception du projet ». Ces deux formulations placent le sujet directement dans le périmètre que la Solideo s'assigne elle-même :
Demande 5 : publication rapide de la clé de répartition des 20 % du financement entre collectivités (non définie à ce jour), avec un calendrier précis d'arbitrage. Ce point concerne directement le montage financier porté par la Solideo et relève donc pleinement de son ressort.
Demande 6 : un chiffrage du manque à gagner prévisionnel pour la RARM (remontées mécaniques, cours de ski, autres activités d'hiver et d'été) pendant les années de travaux et la saison des Jeux, ainsi qu'un mécanisme explicite de garantie ou de compensation financière en cas de dépassement. Puisque le dossier affirme que cet enjeu a déjà été « pris en compte dans la conception du projet », il est demandé que cette prise en compte soit rendue publique et chiffrée.
Pour les coûts hors du périmètre direct de la Solideo, la question suivante est posée comme une clarification de responsabilité plutôt que comme une demande d'action :
Question 4 : au-delà des 26,78 M€ HT couvrant le périmètre Solideo, quels coûts resteront à la charge de la commune (aménagements temporaires du COJOP, coûts d'exploitation après les Jeux, remise en état) ? Si ces postes relèvent d'un autre maître d'ouvrage, il est demandé que la réponse au bilan de concertation le précise explicitement, afin que la commune puisse anticiper ces charges avec le bon interlocuteur.
7. Gouvernance et calendrier
La convention tripartite (commune, RARM, Solideo Alpes 2030) transfère déjà la maîtrise d'ouvrage à la Solideo, et le dossier indique qu'une « solution préférentielle » est déjà privilégiée. Demande 7 : clarification du degré de liberté encore réellement ouvert par la concertation sur le choix du tracé, afin que le public ne s'exprime pas sur un projet déjà arbitré.
Le calendrier (autorisations administratives à l'été 2027, défrichement à l'automne 2027, travaux en 2028) est très contraint pour un projet qui nécessite plusieurs procédures réglementaires (évaluation environnementale, dérogations espèces protégées, autorisation de défrichement). Demande 8 : une analyse du risque calendaire et des conséquences techniques et financières d'un retard dans l'obtention de ces autorisations.
8. Demande de suivi
Il est demandé que :
ces points soient explicitement traités dans le bilan des garants de la CNDP et dans la réponse officielle du maître d'ouvrage, publiée dans les deux mois suivant ce bilan ;
un point d'étape intermédiaire soit organisé avec le conseil municipal de Montgenèvre sur les volets financiers et transfrontaliers, compte tenu de leur technicité ;
les études manquantes (inventaire écologique, analyse de risques, répartition financière) soient rendues publiques dès leur finalisation, sans attendre l'enquête publique.
L'auteur de cette contribution reste disponible pour échanger sur ces points.
Copie :
dominique.de-lauzieres@garant-cndp.fr
jacques.lavilette@garant-cndp.fr
S'il semble aujourd'hui difficile de revenir sur le principe de l'accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver 2030 à Montgenèvre, il faut au minimum que ces jeux soient une réussite pour Montgenèvre et, en cela, il faut saluer l'effort de transparence engagé par la Solideo Alpes 2030 (saisine volontaire de la CNDP, désignation de garants indépendants). Cette contribution ne vise pas à s'opposer au projet, mais à demander, en tant que résidant une partie de l'année à Montgenèvre et ayant une expérience des projets transfrontaliers et multi-acteurs, que le niveau de rigueur dans l'évaluation des risques soit à la hauteur de l'ampleur de l'événement et de la fragilité du territoire.
Le contexte difficile (changement climatique, endettement de l'État, situation fragile des finances de la commune et de la RARM), les mises en garde documentées sur l'improvisation de certaines décisions liées à ces Jeux et la crise temporaire de gouvernance du COJOP Alpes 2030 renforcent la nécessité d'une évaluation des risques complète et publique, aujourd'hui absente du dossier de concertation.
2. Constat : une évaluation des risques manquante
Le dossier de concertation présente de façon détaillée les aménagements techniques et les enjeux paysagers et environnementaux, mais ne comporte aucune analyse de risques structurée couvrant :
les risques environnementaux, alors que l'inventaire écologique « quatre saisons » n'aboutira que « courant 2026 », soit après le lancement de la présente concertation ;
les risques logistiques liés à la situation frontalière du site ;
les risques touristiques liés aux fermetures partielles d'activités (hiver et été) ;
les risques financiers au-delà du strict périmètre des 26,78 M€ HT annoncés.
Il est demandé que ces quatre volets fassent l'objet d'une analyse de risques formelle, publiée et intégrée à la réponse du maître d'ouvrage au bilan de concertation.
3. Risques environnementaux
L'inventaire écologique (biodiversité, zones humides, espèces protégées dont le papillon Apollon) n'est pas finalisé au moment où le public est invité à se prononcer.
Demande 1 : publication d'un calendrier précis de restitution de cet inventaire, et engagement à rouvrir une phase d'information dédiée si les résultats modifient significativement le projet.
La ressource en eau pour la neige de culture est présentée comme restant « dans les volumes déjà autorisés ». Compte tenu des épisodes récents de sécheresse et de canicule dans le Briançonnais, demande 2 : une analyse de sensibilité climatique (scénarios RCP) démontrant que ces volumes historiquement autorisés resteront disponibles et suffisants à l'horizon 2030 et au-delà.
4. Risques logistiques et transfrontaliers : gouvernance
Le dossier ne mentionne à aucun moment la coordination avec les autorités italiennes, alors que le site de compétition se situe littéralement sur le col frontalier, à proximité immédiate de Clavière et de Cesana Torinese. La coordination sécuritaire et les investissements routiers ne relèvent probablement pas directement de la maîtrise d'ouvrage de la Solideo Alpes 2030. Les questions sont néanmoins posées sous l'angle de la gouvernance, puisque le dossier précise que la Solideo « assure la coordination d'une communauté d'environ vingt maîtres d'ouvrage » et joue un rôle « d'aménageur, superviseur et financeur » :
Question 1 : quel est le maître d'ouvrage identifié pour la coordination transfrontalière (sécurité, gestion des flux, autorisations de circulation) avec les autorités italiennes ? La Solideo Alpes 2030 peut-elle confirmer les modalités de coordination prévues avec le COJOP et, le cas échéant, avec l'État sur ce point ?
Question 2 : les investissements en infrastructures routières et de stationnement nécessaires pour absorber les flux additionnels sur un axe de montagne à capacité contrainte sont-ils identifiés dans un autre programme, et par quel maître d'ouvrage ?
Question 3 : le surcoût de sécurité lié aux Jeux et à la fréquentation transfrontalière a-t-il été chiffré, et par quel acteur (COJOP, État) ce poste sera-t-il financé ? Il est absent du chiffrage de 26,78 M€, qui ne couvre que le périmètre Solideo.
Clause de renvoi : si ces points relèvent d'un autre acteur que la Solideo Alpes 2030, il est demandé que la réponse au bilan de concertation l'indique explicitement et précise l'acteur compétent, afin que la commune et les habitants sachent à qui adresser ces questions.
5. Risques touristiques
Le dossier indique lui-même que la concertation doit « permettre d'éclairer les enjeux liés aux usages du site, à la pratique des activités sportives et touristiques » et couvrir « les conditions de vie et d'accès au site pendant les travaux et la phase Jeux ». Ces demandes relèvent donc directement du périmètre annoncé, et non d'un sujet périphérique :
Demande 3 : une évaluation de l'impact sur les activités estivales (randonnée, golf, autres activités du domaine), alors que les travaux s'étalent sur plusieurs années (défrichement à l'automne 2027, travaux en 2028, compléments en 2029). Le dossier ne traite l'impact touristique que pour la seule saison hivernale 2029-2030, ce qui est insuffisant au regard de son propre périmètre déclaré.
Demande 4 : un retour d'expérience chiffré sur des stations ayant accueilli des Jeux comparables (par exemple Sestrières pour Turin 2006, à proximité immédiate), avec une quantification de la baisse de fréquentation observée pendant et après l'événement, ainsi que les mesures de compensation envisagées pour Montgenèvre.
Demande : un plan de communication anticipé à destination des clientèles habituelles (françaises et italiennes) pour limiter un report durable vers d'autres stations pendant les phases de fermeture partielle.
6. Risques financiers
Le dossier reconnaît lui-même la fragilité du modèle économique de Montgenèvre : plus de 90 % de l'activité communale dépend du ski, exploité en régie directe (RARM), ce qui « expose à des risques financiers ». Il qualifie également la soutenabilité économique de la Régie d'« enjeu majeur pris en compte dans la conception du projet ». Ces deux formulations placent le sujet directement dans le périmètre que la Solideo s'assigne elle-même :
Demande 5 : publication rapide de la clé de répartition des 20 % du financement entre collectivités (non définie à ce jour), avec un calendrier précis d'arbitrage. Ce point concerne directement le montage financier porté par la Solideo et relève donc pleinement de son ressort.
Demande 6 : un chiffrage du manque à gagner prévisionnel pour la RARM (remontées mécaniques, cours de ski, autres activités d'hiver et d'été) pendant les années de travaux et la saison des Jeux, ainsi qu'un mécanisme explicite de garantie ou de compensation financière en cas de dépassement. Puisque le dossier affirme que cet enjeu a déjà été « pris en compte dans la conception du projet », il est demandé que cette prise en compte soit rendue publique et chiffrée.
Pour les coûts hors du périmètre direct de la Solideo, la question suivante est posée comme une clarification de responsabilité plutôt que comme une demande d'action :
Question 4 : au-delà des 26,78 M€ HT couvrant le périmètre Solideo, quels coûts resteront à la charge de la commune (aménagements temporaires du COJOP, coûts d'exploitation après les Jeux, remise en état) ? Si ces postes relèvent d'un autre maître d'ouvrage, il est demandé que la réponse au bilan de concertation le précise explicitement, afin que la commune puisse anticiper ces charges avec le bon interlocuteur.
7. Gouvernance et calendrier
La convention tripartite (commune, RARM, Solideo Alpes 2030) transfère déjà la maîtrise d'ouvrage à la Solideo, et le dossier indique qu'une « solution préférentielle » est déjà privilégiée. Demande 7 : clarification du degré de liberté encore réellement ouvert par la concertation sur le choix du tracé, afin que le public ne s'exprime pas sur un projet déjà arbitré.
Le calendrier (autorisations administratives à l'été 2027, défrichement à l'automne 2027, travaux en 2028) est très contraint pour un projet qui nécessite plusieurs procédures réglementaires (évaluation environnementale, dérogations espèces protégées, autorisation de défrichement). Demande 8 : une analyse du risque calendaire et des conséquences techniques et financières d'un retard dans l'obtention de ces autorisations.
8. Demande de suivi
Il est demandé que :
ces points soient explicitement traités dans le bilan des garants de la CNDP et dans la réponse officielle du maître d'ouvrage, publiée dans les deux mois suivant ce bilan ;
un point d'étape intermédiaire soit organisé avec le conseil municipal de Montgenèvre sur les volets financiers et transfrontaliers, compte tenu de leur technicité ;
les études manquantes (inventaire écologique, analyse de risques, répartition financière) soient rendues publiques dès leur finalisation, sans attendre l'enquête publique.
L'auteur de cette contribution reste disponible pour échanger sur ces points.
Copie :
dominique.de-lauzieres@garant-cndp.fr
jacques.lavilette@garant-cndp.fr
